Allaitement et alcool: La théorie

par Sophie Morel, IBCLC

Date de publication : 11 décembre 2018 - Republication : 3 décembre 2019

Il est bien démontré que le taux d’alcool contenu dans le lait maternel est similaire à celui dans le sang de la mère au même moment et que la petite molécule d’éthanol circule rapidement de l’un à l’autre. Après une consommation, il faut entre deux et trois heures pour que l’alcool soit éliminé du corps de la mère et donc du lait maternel.



 

L'impact de la consommation d'alcool

Bien que le taux d’alcool contenu dans le lait maternel soit très faible, il faut garder en tête que le nouveau-né métabolise plus lentement l’alcool qu’un adulte et est plus sensible à ses effets. Des perturbations au niveau du sommeil et du développement moteur ont été notées chez les bébés allaités dont la mère buvait de l’alcool de façon régulière ou excessive. À mesure que le bébé vieillit, ces effets tendent à s’atténuer.

Cependant, c’est surtout au niveau de la production lactée et du réflexe d’éjection que l’alcool aurait un impact significatif. En effet, cela semble causer un blocage du réflexe d’éjection du lait en raison d’un débalancement hormonal. Il en résulte une diminution du transfert de lait au bébé, ce qui peut mener à un ralentissement de la production lactée et de la croissance du bébé à long terme. Dans certains cas, il est aussi possible que le bébé prenne moins de lait en raison du changement d’odeur et de goût du lait causé par l’alcool.

Il faut aussi garder en tête que, dans la majorité des situations, les bienfaits de l’allaitement maternel dépassent les risques associés à une faible consommation d’alcool par la mère. Ils surpassent aussi largement ceux liés aux préparations commerciales pour nourrissons, dans les cas où la mère choisirait cette option par crainte de causer du tort à son bébé en prenant un verre.

L'importance de rester en plein possession de ses moyens

Selon le Dr Jack Newman, ce n’est pas tant la concentration d’alcool dans le lait qui cause problème pour le bébé, mais plutôt la capacité de la mère à en prendre soin si elle est sous l’effet de l’alcool. Même dans le cas d’un excès ponctuel ou d’un abus régulier, les risques de négligence ou de blessures accidentelles seraient davantage problématiques que la consommation en elle-même.

C’est la prise régulière ou excessive d’alcool qui seraient associées à des effets négatifs chez le nourrisson allaité et sur la production lactée. Les recherches tentent à démontrer que la consommation occasionnelle et modérée d’alcool est compatible avec l’allaitement. Vous pouvez donc prendre un verre en famille ou entre amis, sans crainte, sans culpabiliser et sans vous casser la tête.

Vous souhaitez en apprendre davantage sur les moyens de limiter l’exposition à l’alcool de votre bébé et sur la consommation d’alcool pendant l’allaitement ? 

 

Lisez le prochain article : Allaitement et alcool – en pratique.

Références

BEAUDRY, M., CHIASSON, S. et LAUZIÈRE, J. Biologie de l’allaitement maternel : le sein, le lait, le geste, Ville, Presse de l’Université du Québec, 2006, 581 p.

BLUCHEAU, Judith. Alimentation, nutrition et grossesse – Tout ce que vous devez savoir de la préconception à l’allaitement, Ville, Éditions La Semaine, 2015, 175 p.

FÉDÉRATION NOURRI-SOURCE. Le Petit Nourri-Source, 6e édition, L’Assomption, par la Fédération, 2015, 304 p.

INSPQ. Mieux vivre avec notre enfant de la grossesse à deux ans : Composition du lait maternel, [En ligne], 2018. https://www.inspq.qc.ca/mieux-vivre/alimentation/le-lait/composition-du-lait-humain

LLL INTERNATIONAL. The Womanly Art of BreastfeedingI, 8e édition. New York, Ballantines Books, 2010, 552 p.

MOHRBACHER, Nancy. Breastfeeding answers made simple: a pocket guide for helping mothers, Amarillo (États-Unis), Hale Publishing, 2012, 317 p.

NEWMAN, Jack et PITMAN, Teresa. Dr. Jack Newman’s Guide to Breastfeeding, 2e edition, Toronto, HarperCollins Publishers, 2014, 383 p.

WAMBACH, Karen et RIORDAN, Jan. Breastfeeding and Human Lactation, 5e edition, Burlington (États-Unis), Jones and Bartlett Learning, 2016, 966 p.

 

Note : Article initialement publié le 11 décembre 2018 sur Facebook. Nouvelle publication: le 3 décembre 2019.